jeudi 13 janvier 2011

Exposition de Mohamed Camara intitulée : « Regards croisés : Nantes/Bamako »



Première impression : « Quoi ?! Une exposition de photographie ? C’est impossible…la qualité des photos est à mourir ! ». Mon cœur est de glace devant cette première série Les Maliens de Paris. Les photographies pixellisées me sont jetées à la figure, je ne vois que ça.
Je persévère, je marche, d’une photographie à une autre, je m’arrête et regarde : Certains matins.  
Certains matins pas comme les autres : un bel adolescent torse nu se tient debout, il nous tourne le dos ; la lumière du soleil traversant le tissu nonchalamment pendu à la fenêtre crée cette atmosphère chaude, paisible, d’un beau matin. Je continue mon excursion. Certains matins j’offre des fleurs à ma copine, voilà un titre léger, si ce n’est enfantin pour une photographie sérieuse ! Peu importe, continuons, même dans l’incompréhension : une femme assise à une table, dans la pénombre. Sa posture suffit. On comprend son bonheur, on imagine un sourire lorsqu’elle tend son bras et récupère le bouquet de fleurs.

Je quitte cette pièce où les photographies me semblent étrangement de basse qualité, bien que je me sente, au fur et à mesure, de plus en plus touchée. Nouvelle série : Chambres maliennes.
C’est toute une histoire qui s’offre à nos yeux ! Toujours cette qualité médiocre de photos, mais j’oublie. Je suis prise au jeu, voilà que je rentre, sans même le réaliser, dans l’intimité du photographe qui nous livre avec candeur, spontanéité, simplicité ses histoires d’adolescent. J’imite la façon dont on emballe les morts et ma famille me gronde : un adolescent drapé dans un tissu troué se tient devant nous, je souris. Certains matins je n’ai pas le courage de commencer la journée : la tête dans les mains, assis sur son lit…que c’est dur ! Un petit bout pour les moustiques : une main endormie dépasse d’une moustiquaire et l’on devine la suite. Ce n’est pas mon jumeau, c’est mon meilleur ami : deux adolescents, allongés, les yeux dans les yeux, même position, même affection l’un envers l’autre, tout se voit, tout se ressent, belle complicité. De la bêtise à la fatigue, de la fatigue à l’humour, de l’humour à l’amitié…c’est une vision simple, légère, attendrissante, vraiment touchante, que nous livre ici Mohamed Camara, 19 ans à cette époque. Ce jeune malien, nous fait oublier ces clichés où la pauvreté de certains pays d’Afrique, tel le Mali dont il est originaire, masque la gaieté d’une vie quotidienne épurée. Nous ne sommes pas au Mali, nous sommes dans l’univers d’un jeune malien.

            Le petit oiseau est devenu grand. Nouvelle pièce, nouvelle série, série 2010 : Regards croisés Nantes / Bamako. Surprise : finies les photographies mal tirées, place à la qualité, finis les titres enfantins, place à davantage de sérieux. Les photographies sont maintenant en couple : le mari est nantais, la femme malienne. Les photographies vont deux par deux, elles se font écho.
Une partie de foot à Nantes, peut-elle être vue de la même façon au Mali ? Et qu’en est-il alors de ce Malien adossé à un mur jaunâtre, la tête penchée, le regard fixe, le torse nu, un tissu bleu autour du cou : ne serait-il pas en train de poser, à sa façon ? Je déplace mon regard légèrement vers la gauche, la photographie à côté me fait rire : un Nantais timide à la chemise blanche, se tient devant une splendide affiche Dior ! Pointe d’autodérision ? Je fais peut-être une erreur, simple interprétation. Passons au couple suivant. J’ai hâte. Mais que vois-je ? La Place Royale, magnifique…royale même ! Une ombre, une simple ombre, une ombre sobre, très sobre, une ombre sans expression vient agrémenter la photo. Cette ombre, je la retrouve à Bamako, plus vivante, plus prenante : elle se projette sur cet énorme rocher qui surplombe la rivière. Cette ombre a cette fois, les bras levés, elle crie, elle est puissante. Ce couple me plaît. A deux pas de moi, un autre couple, allons voir. Un feu d’artifice aux multiples couleurs est figé là, devant moi. C’est le nouvel an à Nantes. Et au Mali ? Trois…deux…un…et non, pas de feu d’artifice. Un simple « Joyeuses Fêtes » inscrit en rouge, bleu, vert, sur une chèvre blanche. Tiens…mais que vois-je au loin ? Un couple marrant, légèrement ironique cette fois ! A droite, je peux parfaitement lire « Quick WiFi gratuit. Tout droit à 1 mn », c’est propre, c’est net. A gauche ou au Mali - comme on veut - je devine sur une pancarte en bois « WiFi station artisanale. 25 FCF A / heure ». Contrairement aux apparences, les couples de photographies ne sont pas là pour s’entretuer, ils se complètent, ils se renvoient la balle, en toute simplicité. Pas d’appel à la critique ici, pas de dénonciation sarcastique, rien de géopolitique, ni de manifestation contre la fracture numérique ! Il n’y a pas de ça ici, seule est perceptible la volonté d’un jeune Malien de nous montrer le double visage d’une vie, tantôt dirigée vers le Nord, tantôt vers le Sud, avec une douceur, une candeur troublante au début, touchante à la fin.

Allez…venez…et entrez dans l’Atelier au 1 rue de Chateaubriand pour voir l’exposition de Mohamed CAMARA « Regards croisés : Nantes/Bamako » et laissez vous lentement séduire par l’évolution d’un artiste qui, à 19 ans, rêvait de devenir footballeur professionnel et qui par hasard, s’est retrouvé un appareil photo entre les mains pour ne plus le quitter…

Exposition de Mohamed Camara intitulée : «  Regards croisés : Nantes/Bamako »
L’Atelier au 1 rue de Chateaubriand 44000 Nantes.
Entrée Libre du 10/11 au 5/12/2010.
Du Mardi au samedi de 13h à 19h, le dimanche de 10h à 15h

Lise Rémon
 Audencia L1

Michel JOURNIAC

24 heures de la vie d’une femme ordinaire
Fantasmes /Réalités
1974

Œuvre exposée au Centre Pompidou de Paris, dans l’exposition Elles@Centre Pompidou
Entrée gratuite pour les moins de 26 ans
27 mai 2009 - 21 février 2011
11h00 - 21h00



Tic Tac
L’horloge tourne, les heures défilent.
La ménagère a 24heures pour montrer qu’elle est la femme au foyer parfaite
Arrêt sur images. Panorama  noir et blanc

Etrange banalité ?
ELLE,
Et son habit de ménagère
Souriante, aimante, intentionnée
Prise dans une machine infernale
Celle des tâches quotidiennes
« Nettoyer, balayer, astiquer »
Oubliée, enfermée dans ce tourbillon de tâches
A la fois triste et drôle 
Cette « desperate housewife »

Etrange malaise ?
LUI,
Les traits durs, effacés
Ignorant et désintéressé
Propriétaire des clefs de la cage de verre
  s’affaire
Sa chère et tendre
Sois belle, serviable
Aux petits soins de ton mari
Mais surtout tais toi

Tic Tac. Arrêt sur image. Atmosphère dérangeante

Ce corps,
A la fois matériau et moyen de communication
Un troisième sexe
Mis en scène et instrumentalisé
Repoussant, désirant, … inquiétant
Nous tirant à la fois les larmes et les rires
Ce corps travesti dérangeant. Etrange
Le troisième sexe
Ni masculin, ni féminin


Les 24 heures de la vie d’une femme ordinaire sont là représentées par douze photographies en noir et blanc accrochées  au mur de l’exposition fait par et pour les femmes artistes. Sauf que ces photographies se situent dans une section originale nommée « Transformers », dont les œuvres rejettent les catégories sexuelles traditionnelles.

Tic Tac.
Face à ce mur blanc l’horloge se met en route. Telle une marionnette la ménagère rentre parfaitement dans son rôle. Elle enchaîne assidûment les tâches. Toujours souriante, aimante.
Pathétique. 
Cependant une question persiste … Est-ce la réalité ou un fantasme ?

Boudot Mélina
L1 Audencia

Kim En Joong Passeur de lumière

Du 26/10/10 au 05/03/11
tarif réduit 1€, gratuité moins de 18 ans et demandeur d’emploi
Passage Sainte Croix, 9 rue de la Bâclerie, 44 000 NANTES
http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/


Le Passage Sainte-Croix expose depuis peu certaines œuvres de l’artiste sud-coréen Kim En Jong. L’architecture du lieu se prête particulièrement bien à l’œuvre de cet artiste qui, comme il le dit lui-même, travaille la matière pour « aller des ténèbres à la lumière ». En effet le Passage, inondé de lumière du fait de son toit de verre, recèle cependant quelques zones d’ombre soulignées par les vieilles poutres qui agrémentent son architecture. Le spectateur évolue alors dans un environnement, entre ténèbres et lumière, qui favorise sa sensibilité et le prédispose à appréhender l’œuvre de ce peintre abstrait.

                Influencé très jeune par la culture artistique occidentale, son travail le distingue des artistes asiatiques traditionnels. Il est possible de voir dans cette exposition divers types d’œuvre : sur toile, sur papier, et même sur verre. Cependant, quelque soit le support utilisé, chacune de ces œuvres reflète le même cheminement de pensée. L’artiste ne cherche pas à représenter, il ne donne d’ailleurs pas de titre à ces œuvres, afin de ne pas diriger le spectateur vers une interprétation plutôt qu’une autre. A ce dernier de regarder la peinture « comme un nuage », pour reprendre les mots de l’artiste. 
                En effet, il ne s’agit pas face à ces œuvres d’y rechercher quelque chose. Le spectateur n’a qu’à se laisser guider par ses sensations. Appuyé par l’agencement du Passage et ses jeux de lumière, toute l’exposition prend une dimension particulière.

                L’amateur d’art, confirmé ou non, sera charmé par le travail de l’artiste et sa mise en scène dans le Passage Sainte Croix. Quant au spectateur qui sera entré dans le Passage par hasard pour échapper au froid glacial ou rompre la monotonie de sa journée, il aura bien choisi son exposition. On ne reste pas insensible à la lumière qui se dégage de l’œuvre de Kim En Joong, et l’on en garde un souvenir longtemps après avoir quitté le Passage.

 Pourprix Madeline
L 1Audencia

Edwin Apps « les sans voix » et « il fait jour » Galerie d’art contemporain Alain Rouzé, Nantes



L’entrée dans l’univers des sans voix d’Edwin Apps m’arrache un sourire tant ces personnages aux couleurs vives et visages lisses m’étonnent, la marée des visages identiques, bouches bée, me submerge, m’imposant le silence voire l’adoption d’une expression similaire. Ces visages privés de parole dénoncent l’impuissance du peuple d’aujourd’hui à s’exprimer, des hommes aphones, incapables de faire entendre leurs voix et surtout leurs critiques, amenés alors à tolérer une politique révoltante, celle de Bush, qu’Edwin Apps critique ouvertement.
Edwin Apps a fait l’expérience de la vie retirée du monde actuel, de sa globalité, en décidant de renoncer aux moyens de communication qui nous sont aujourd’hui indispensables. Exilé pendant un demi-siècle, il ressort de l’ombre et découvre un monde qu’il ne comprend pas, un monde absurde. Il exprime alors l’agressivité de la lumière rentrant dans une pièce montrant que le jour est levé, signalant le départ de la journée, des activités familières, peut-être trop… dès lors le monde extérieur est l’effrayant reflet de l’hostilité primaire de la nature et l’envie de rentrer, de s’enfermer pour n’avoir que pour seule compagnie les divagations de mes pensées me prend, irrésistible et troublante révélation de l’angoisse refoulée de sortir au grand jour, d’affronter la vie. Je me sentais alors terriblement proche de l’homme qui devant moi redevenait l’enfant à la fois craintif et curieux mais qui, pour grandir, devait quitter son cocon et la chaleureuse douceur qui y régnait. Le message politique de l’artiste, indispensable à mes yeux afin d’apprécier ses œuvres s’estompe dès lors que chacun trouve la résonnance personnelle qui lui permet de ressentir l’œuvre…
C’est la vérité troublante, crue que nous offre l’étonnant Edwin Apps, incisif, plein d’humour et avec cette part d’enfance rafraichissante dans un monde trop grave et trop sérieux, où le rêve et les convictions disparaissent trop souvent dès l’entrée dans la « cour des grands »…


Lucile Sanquer
L1 Audencia

Jean-Michel Basquiat, Musée d’art moderne, Paris du 15/10/2010 au 31/01/2011



Un appel, un cri. L’envie viscérale de connaître, de comprendre la race humaine et soi avant tout. Et cette réponse qui tombe comme la lame d’une guillotine : on ne perce pas le secret de la conscience humaine. Les cours de Gray expliquent et mettent le corps à nu. Or c’est à travers le regard naïf d’un enfant perdu dans un monde décomposé que la vérité transparaît. Sa vérité. Mais aussi ses rêves, ses passions colorées et la parole poétique de cet être destiné à une vie fulgurante, de ce jeune homme qui aspirait à exister tout simplement. Si l’on est déconcerté à l’entrée, on en ressort grandi, gonflé d’un élan vital qu’a réussi à nous insuffler le prince de New York qui apposera sa couronne dans son œuvre toute au long de sa vie.
Organisée chronologiquement, on suit le parcours du peintre depuis sa première exposition à la galerie Annina Nosei à New York en 1981 jusqu’à celle qui fut réalisée à la galerie Larry Gagosian de Los Angeles en 1986. L’évolution du style est sensible ; on note en effet un glissement d’une peinture essentiellement composée de figures divines et humaines qui exhibent leur anatomie et de jets de couleurs vives à une peinture relativement plus sobre et plus bouleversante dans la mesure où les mots et les chiffres instaurent un dialogue avec le dessin. Mais la transition reste floue tandis que les influences extérieures viennent enrichir la vision déjà large et originale de cet artiste marginal et charismatique.  Son regard curieux se pose sur toute sorte d’objets et d’œuvres qu’il invite dans ses tableaux et qui deviennent dès lors les sujets de notre curiosité. Une exposition radieuse qui force ceux qui se laissent happer par ses compositions à retrouver leurs yeux d’enfants et leurs premières angoisses face aux souffrances humaines et à l’inanité de l’existence.

Laure Deroche
L1 Audencia

Air(e) de retard Exposition d’Alain Bernardini

L’artiste-photographe, vitriote, ancien résident du CENTQUATRE, tente de proposer depuis cinq ans une autre représentation du monde du travail. Cette fois-ci, il est exposé à la base d’Appui d’Entre Deux à Nantes, qui assure la promotion et la diffusion  de l’art public contemporain.

Devant la base d’Appui de l’Entre Deux, on peut voir un petit panneau routier avec comme indication « Air(e)  de retard », puis on entre par une porte vitrée, on suit un petit couloir, avant d’atterrir sur une estrade en bois. Ça a l’air chaleureux comme endroit. La preuve, un chat dort sur l’estrade. Onze photos nous font face, certaines ont comme support des panneaux métalliques comme ceux placés au bord des routes.
Camionnette. Air(e) de retard. Deux femmes. Attendre. Homme. Cravate. Voiture. Construction.
Premier sentiment : intriguée.
Aucun cartel. Pas de titre. Pas d’indice.
J’avais décidé de ne pas me renseigner sur l’artiste et sur ses travaux précédents avant d’aller voir l’exposition.
Questionnement. Déambulation. Etonnement. Tâtonnement. Questionnement. Flânerie.
J’élabore des interprétations farfelues pour chacune des photos.
Je me tourne vers des bulletins de retard, soussignés Alain Bernardini, adressés à des salariés. Pour voir ce que ça fait. Sans raison. Pour visionner des films. Pour discuter.
Je souris. C’est drôle ! Je retourne vers les photos. Je marche, je m’approche, je m’arrête, puis je crois comprendre.
Air(e) de retard. Salariés. Travail. Route. Voiture. Pause. Se garer. Temps. Hypermobilité. Résistance. Pression. Ponctualité. Paysage. Mer. Sable.
J’adhère.
Sur le point de m’en aller, dernière photo non placée sur le même mur me fait face. J’ai failli partir sans la voir, illumination ! Enfin…je crois.

Où voir cette exposition ?
A la base d’Appui d’Entre Deux
5 avenue de l’Hôtel Dieu à Nantes
Quand ?
Les mardis, jeudis, vendredis, samedis de 14h30 à 19h.
Jusqu’au 18 décembre 2010.
Entrée Libre

La route de la soie, Le tri postal, Lille


De retour dans ma ville natale ce weekend de décembre, comment ne pas me sentir inexorablement poussée par son dynamisme culturel? Me frayant un chemin à travers la neige, je décidais de faire un tour dans ma galerie d'art contemporain favorite : le Tri Postal. Depuis le 20 octobre et jusqu'au 16 janvier s'y tient une exposition... exceptionnelle : «La route de la soie» dans le cadre de la manifestation culturelle Lille 3000. Celle-ci accueille une trentaine d'artistes venus des pays composant cette route : Inde, Iran, Pakistan, Chine... Les œuvres (soixante en tout) sont issues de la célèbre collection de la Saatchi Gallery, une des plus grandes collections d'art contemporain d'Europe située à Londres.


En entrant, une première impression, celle de voir se dessiner sous mes yeux une nouvelle route de la soie, celle d'aujourd'hui, une route du commerce international, de ses grands nœuds et de ses conséquences. Ici, une vache, animal sacré en Inde, se retrouve coincée dans un tuyau de canalisation (sculpture de Huma Mulji intitulée her Suburban Dream). Elle nous emmène dans son pays, on y voit la métaphore de tous ces paysans indiens qui eux aussi à leur arrivée dans les grandes villes mondiales naissantes de l'Inde se sont retrouvés coincés dans des bidonvilles sans issue et qui s’étendent à l'infini, démunis et sans emplois.
Là, des corps d'ouvriers chinois suspendus au plafond, progéniture littéralement «moulée» du gouvernement chinois (installation du chinois Zhang Dali, Chinese offspring).



Ces œuvres nous touchent parce qu'elles nous parlent, parce qu'elles dénoncent, et toute l'exposition est une invitation à la découverte de chacun de ces pays moteurs du monde et de leurs problématiques et injustices. Bref, un regard passionné et passionnant d'artistes sur leurs pays, étapes légendaires d'une route commerciale qui décidément n'a pas finit de faire parler d'elle.

Elise Wiart.
 Audencia L1

Pour en savoir plus : http://www.lille3000.eu/laroutedelasoie/fr/