jeudi 13 janvier 2011

Depuis 1950, le déroulement de la peinture, JUDIT REIGL


L'extranéité du monde, le vide, le corps comme réponse.

« Tout mon corps participe au travail, 'à la mesure des bras grands ouverts'. C'est avec des gestes que j'écris dans l'espace donné, des pulsations, des pulsions. » nous dit Judit Reigl.

Chez Judit Reigl, ce qui happe peut-être le plus, c'est cette écriture corporelle, viscérale qui transcende son œuvre. Toujours entre surgissement et ensevelissement, apparition et disparition, construction et éclatement, sa peinture devient matière, son écriture se fait physique.
Juste une envie, une de ces « pulsions de corps » qui vous prend parfois : sauter,  bondir, crier...
Ce fourmillement insupportable qui ne la quitte pas.
Hurler à la face du monde « je suis une bacchante ! ».
Ça lui remonte dans l'œsophage et la prend à la gorge. Voilà que ça la reprend, des jambes qui bougent seules, des borborygmes qu'elle déverse à chaque refrain d'une chanson qu'elle sait à peine  balbutier.          
Elle voudrait s'extirper de cet univers étriqué où le corps limite l'esprit. Ce corps-entrave deviendrait alors son piège à mot, son attrape-rêve pour inventer un nouveau langage, plus total, plus absolu.

C'est ainsi que Judit Reigl nous parle dans son œuvre - grâce à cette écriture si personnelle – tantôt avec une énergie presque explosive, tantôt avec un peu de cette étrange douceur que l'on retrouve dans des œuvres plus apaisées.

Judit Reigl nous propose une véritable chute libre, suivie d'un flottement dans un espace éthéré d'où nous parviennent des bribes de cette écriture parallèle, toute gestuelle, dont elle est l'auteur.

Claire Mizzon.
L1 Audencia

Yong-Man Kwon, Galerie des Glaces, 8 Quai Versailles Nantes




Né en 1972, le coréen Yong-Man Kwon a un passé bien intéressant. Après avoir obtenu son diplôme d’enseignement artistique, il enseigna le dessin. Il quitta la Corée du Sud en 1996 pour faire carrière à New-York, mais ce fut vain. Il dut quitter les Etats-Unis, car il n’avait pas de papiers. Il s’engage donc dans la Légion étrangère, sous l’aile du général Faucheski. Plus qu’un militaire, Young-Man est un véritable artiste. C’est après avoir remporté un concours de peinture organisé par l’armée, que le légionnaire décide de s’installer à Paris. Il a été nommé peintre officiel de l’Armée en 2003, et peintre officiel de l’armée de l’Air en 2005. Depuis, il a acquis une véritable renommée, et organise de nombreuses expositions.

Travaillant à la fois aussi bien en atelier qu’en extérieur, le peintre s’adonne à représenter des paysages (New-York, par exemple) mais comme vous pouvez aussi le deviner, bon nombre de ses toiles ont pour thème l’Armée où la navigation. Ses travaux, Yong-Man les enchâsse lui-même, et l’une de ses teintes fétiches est le brun. Mais la caractéristique majeure du peintre est tout autre, c’est sa rapidité et sa spontanéité. Il applique la peinture sur sa toile directement, sans esquisse ni repères. Tout est dans l’exécution, dans l’instinct. C’est ce qui lui permet de produire énormément, et donc de vendre beaucoup de toiles.

A seulement 38 ans, son style est simple, mais efficace : des couleurs vives, des coulures et des taches de peintures de différentes couleurs permettent à ses toiles de briller parmi d’autres. Sa maîtrise de la peinture est remarquable: ses coulures sont très propres et se noient dans le décor, les taches sont à la fois discrètes et clinquantes, en plus d’ajouter une luminosité particulière à la peinture. Ses toiles ne laissent aucun doute : on peut remarquer qu’il a énormément travaillé l’aquarelle. Parfois attaché aux détails, parfois ne dessinant même pas les traits du visage, Y-M Kwon aime peindre la ville en mouvement : le résultat est magnifique. Ce qui est d’autre part intéressant, c’est son coup de pinceau : à la fois sec et rapide, ses traits sont d’une netteté déconcertante.

J’aimerais vous parler d’un tableau en particulier : « Visite Versailles ».
Contrairement à d’autres peintres, l’artiste ajoute le blanc après, et ne laisse pas d’espaces vides en amont. C’est ce que l’on peut remarquer sur celui-ci.
Le tableau représente bien entendu, un plan de la Grande galerie. Ce qui a attiré d’abord mon œil, ce sont ces lustres à la couleur lilas… J’ai trouvé qu’il leur manquait quelque chose... Mais c’est surtout cette fameuse lumière blanche qui m’a intrigué. On peut voir, au premier plan, une fille habillée d’une robe blanche. Sa posture nous laisse penser qu’elle se dirige vers la sortie… ou vers la tache blanche. Chacun peut laisser libre cours à son imagination, mais que pourrait bien représenter cette fameuse lumière blanche, si ce n’est…la sortie ?

Julien Muchembled
L1 Audencia

Voyages et autres investigations (4)

Olga Boldyreff, Natalia Gontcharova, Michaël Larionov, Eva Hesse, Sol LeWitt, Alighiero e Boetti, Kasimir Malévitch et André Cadere.

Chapelle de l’Oratoire de Nantes
22 octobre 2010 è 2 janvier 2011
Entrée libre

 

« Voyages » : Olga Boldyreff m’y invite dès mon entrée dans la chapelle, en créant un univers où deux cultures, russe et française, cohabitent. Bercée par la voix de l’artiste qui, dans les deux langues, me conte son métissage, j’erre parmi les œuvres qui mêlent à leur tour art et artisanat.  
Inspirée par l’art populaire russe et par les mouvements contemporains occidentaux, Olga Boldyreff utilise ainsi la broderie ou le tricot pour proposer un renouvellement du dessin : le matériel adopté semble prendre le pas sur la forme réalisée.
Mise en interaction avec les travaux de créateurs internationaux, cette exposition me permet de partager des points de vue multiculturels et variés.

 « … Et autres investigations » : chaque pièce m’amène aussi à réfléchir, tout en voyageant.
Une grande robe bleu nuit, évoquant l’absence, m’appelle vers une quête intérieure, prenant tout son sens dans ce lieu d’exposition spirituel.
Les différents objets du quotidien, ici représentés sous leur forme la plus simple, me questionnent quant à eux sur le regard que je leur porte : avec le temps, il semble qu’on ne se rappelle que de leur contour. Mais cette matérialité peut-elle être dépassée ?
Plus loin, des déclinaisons de vert comportant le nom de rues belges sur un fond monochrome soulèvent le rapport ambigu entre le dessin et l’écriture : dois-je voir ici des copies revisitées de plaques de rues ou des peintures ?

Sans oublier le fil, objet symbolique de l’œuvre de l’artiste, qui m’interroge également.
Le fil, matière molle et mouvante, symbole de constructions toujours changeantes et aux possibilités multiples.
Le fil, matière entrelacée, rappel du « lien » qui associe les travaux de l’artiste à ceux des autres grandes figures qui ont retenu son attention.
Le fil, un enroulement et un déroulement permanent…une mobilité perpétuelle, un jeu sans fin auquel je participe et qui me rappelle sans cesse l’univers voyageur et interrogateur d’Olga Boldyreff.

Launay Claire
L1 Audencia

« Qui es-tu Peter ? »



Né de la plume de James Matthew Barrie, Peter Pan est ce garçon qui refuse de grandir, l’éternel enfant. Il habite un monde qu’il ne cesse d’imaginer et de modeler à sa guise sans se soucier de l’impossible, des limites ou du destin. Réel mythe contemporain, Peter Pan a  dernièrement inspiré treize artistes. Tous ont investi l’espace Louis Vuitton pour quelques mois afin de proposer leur monde imaginaire, explorant chacun des aspects différents du mythe (le temps, l’aventure, l’utopie...). Au travers de cette exposition, ils nous invitent à retomber en enfance, à parcourir une contrée fantastique où rêve et création sont les maitres mots. Venez ainsi découvrir «My imaginary lands» de Jean Philippe Illanès et la «Panda’s Dream Box» du Chinois Ji Ji qui explorent le thème de l’imaginaire et du rêve. Laissez-vous embarquer dans une folle aventure avec Grégoire Bourdeil et son «Everland». Interrogez-vous avec Virginie Yassef  et son « six suns away by foot » sur la notion du temps et de l’ailleurs qu’Arnaud Kalos évoque en un film. Puis, comme Peter Pan, laissez Jérome Zonder vous angoisser avec sa vision cauchemardesque de l’âge adulte. Michel François, quant à lui, vous ouvrira le monde du rêve en revenant à sa source : l’idée. Mais vous pourrez aussi admirer l’installation de Melonie Hennessy qui pénètre le temps, celle de Laurent Pernot qui envisage la mort et l’éternité, ou encore le travail de Jérôme Zonder, celui de Marina de Caro qui imagine des utopies, la vidéo de l’Hydrophile de Nicolas Julliard, et les œuvres de Janaina Tschäpe, et Lothar Hempel.


Blandine Duquesne


Du 1er octobre 2010 au 9 janvier 2011 à l’Espace culturel Louis Vuitton, 60, rue de Bassano – 101, avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris, 01 53 57 52 03.
Ouvert du lundi au samedi de 12 h à 19 h, le dimanche de 11 h à 19 h. Ouvert les jours fériés à l’exception du 25 décembre et du 1er janvier.

« KIM EN JOONG passeur de lumière »




 

Passage Sainte-Croix
, 9 rue de la Bâclerie 
à Nantes (44000)
du 26 novembre 2010 au 5 mars 2011
du mardi au samedi : de 12 h à 18 h 30
2 €. Tarif Réduit : 1 €. Gratuité : moins de 18 ans, demandeurs d'emploi
http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/1289859865457/0/fiche___actualite/&RH=CULT

            Ré-ouvert depuis peu, le passage Sainte Croix accueille jusqu’à début mars les œuvres de l’artiste coréen Kim En Joong dans le cadre du thème choisi pour l’année : le passage. En effet, marqué dans son adolescence par le peintre russe Kandinsky, Kim en Joong s’éloigne peu à peu de l’art asiatique pour se tourner vers la peinture abstraite européenne ; il s’agit donc pour cette exposition de mettre en formes et en couleurs les différentes étapes artistiques et personnelles de la vie de l’artiste.

            Le lieu est bien choisi : le nouveau passage Sainte Croix est particulièrement lumineux, clair, ce qui permet de mettre les œuvres de l’artiste en valeur. On trouve donc dans cette exposition des réalisations récentes de l’artiste, telles que de nombreuses peintures sur toile, mais également des vitraux, céramiques, ou encore des lithographies originales signées par Kim en Joong.

            Les tableaux de l’artiste sont relativement simples, mêlant les couleurs vives au fond blanc de la toile, laissant entrevoir des formes mais ne les citant jamais ; Kim en Joong prend d’ailleurs le soin de ne pas donner de titre à ses œuvres afin que le spectateur soit libre de son interprétation, car « ce qui est important dans l’œuvre d’art, c’est la sensation… N’expliquons rien, et laissons sentir… » . Perfectionniste, l’artiste irait jusqu’à brûler les toiles qui ne correspondraient pas totalement à ses attentes, pour ne présenter que le meilleur de lui-même.

            Les vitraux de Kim en Joong constituent certainement la partie de son œuvre la plus impressionnante et la plus originale. C’est la recherche incessante de lumière dans ses toiles qui a poussé l’artiste à s’intéresser au vitrail. Aujourd’hui, ils ornent de nombreuses cathédrales et basiliques, participant à la notoriété de l’artiste à travers le monde.

            En somme, c’est une exposition riche et originale que nous propose le passage Sainte Croix : Kim en Joong est un maître du contemporain qui mérite d’être (re)découvert.

Audrey Rey-Herme (L1 Audencia)



Olga Boldyreff, Les devenirs, 2008-2010


 Olga BOLDYREFF

Voyages et autres investigations (4)
22 octobre 2010 - 2 janvier 2011
Chapelle de l’Oratoire
Musée des Beaux-arts de Nantes

Ouverte tous les jours, sauf le mardi,
de 10h à 12h et de 14h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu'à 20h


Alors que j’avais rendez-vous au musée des Beaux-arts pour préparer un travail de groupe, je pense m’éviter d’aller, par un froid glacial, jusqu’à l’entrée principale en passant par une autre entrée (c’était la première fois que j’y allais..). Il s’agissait en fait de la Chapelle de l’Oratoire !
Je découvre donc, par pur hasard, l’exposition Voyages et autres investigations (4) conçue par Olga Boldyreff. Je décide alors de rester un peu plus longtemps que prévu, attirée par les œuvres originales et colorées. L’exposition présente un ensemble de dessins et de sculptures d’Olga Boldyreff dialoguant avec des œuvres d’autres artistes tels Natalia Gontcharova, Michaël Larionov, Eva Hesse…

Née à Nantes en 1957 de parents russes exilés, cette artiste concilie dans ses oeuvres les sources de l’art populaire russe et les formes de la tradition occidentale (post-minimalisme, antiforme…).



Le choix des œuvres et des artistes sélectionnés permet d’approcher au plus près ce mélange des genres et cette fusion des styles recherchés par l’artiste.
                                                         
Les œuvres présentées sont assez éclectiques, allant du dessin à la sculpture en passant par la vidéo et ceci avec des techniques et des matériaux originaux (laine, tricot, broderie, crochet…). Certaines sont assez indéfinissables : c’est d’ailleurs le titre d’une d’entre elles, d’autres se rapportent au quotidien (habits, objets, meubles…). Il émane de cette chapelle de l’Oratoire un univers très féminin et coloré où il est agréable de passer un moment.





Anabelle Droullours
L1 Audencia


ANTIDOTE.6 à la Galerie des Galeries à Paris, du 14 octobre 2010 au 8 janvier 2011. Accès libre.




Petit rappel

            Le nom de la galerie vient du fait qu'elle se trouve au premier étage d'un grand magasin, les Galeries Lafayette, à Paris. Le petit-fils de la propriétaire est à l'origine de ce projet, son objectif étant avant tout de promouvoir la jeune création contemporaine, et de donner leur chance à des artistes inconnus (artistes généralement âgés d'une trentaine d'années).
            L'exposition ANTIDOTE. 6 porte ce nom car c'est la sixième exposition organisée à la Galerie des Galeries. Le choix cette année, s'est tourné vers les œuvres de sept artistes européens
( italiens, allemands, autrichien, français notamment) : Victor Man, Pietro Roccaslava, Markus Schinwald, Niels Trannois, Tatiana Trouvé, Ulla von Brandenburg et Andro Wekua. Cela change des années précédentes où seuls des artistes français étaient exposés, et ouvre plus de possibilités de confrontations entre les œuvres. Il existe une certaine hétérogénéité dans le choix des artistes. Certains ont en effet, déjà exposé leurs œuvres, comme par exemple à la Biennale de Venise. D'autres sont encore inconnus de la scène artistique et sont pour la première fois exposés.
            Mais tous les artistes sont rassemblés sous la même thématique : l'introspection. Elle a pour but de créer un lien entre les différentes pièces présentées et de comparer les artistes dans la façon de représenter leur moi profond, consciemment et inconsciemment.
            Autre particularité, cette exposition constitue un retour à des œuvres plus classiques : il n'y a pas de vidéo, de happening mais des supports plus classiques tels que la peinture à l'huile, l'aquarelle, la craie, la peinture sur bois ou encore l'utilisation de tissus.


Présentation de quelques œuvres

            Étonnant, pour accéder à l'exposition nous devons déjà traverser une œuvre, Forest III de Ulla von Brandenburg. C'est une installation qui représente une forêt d'ombres et de silhouettes, symbole de l'inconscient. Nous nous trouvons un instant comme à l'envers du décor, à l'intérieur de l'œuvre, le décor se trouvant en réalité à l'extérieur.
            Plus loin, l'œuvre de l'Italien, Pietro Roccaslava, The Skeleton Key, est particulièrement intéressante et intrigante. C'est une œuvre double, composée d'un tableau représentant un homme au premier abord assez classique et face, posé à terre d'un fils électrique relié à un tourne-disque rouge sur lequel tourne un disque, également rouge, mais l'on n'entend aucun son, aucune parole, aucune musique. De plus, en regardant l'homme, qui représente un liftier, on constate qu'il a un grillage au niveau de la bouche et qu'il est donc dans l'impossibilité de s'exprimer. Cette œuvre qui s'inspire de nombreux artistes (un film de Tarantino où l'actrice écoute de la musique sur un tel tourne-disque, Kafka et la Métamorphose, le liftier a en effet trois bras, ou encore Picasso, ou Bacon pour le visage, défiguré) symbolise l'incommunicabilité entre les êtres.
            Autre œuvre surprenante, celle de Markus Scinwald, Sans titre, sculpture faite avec quatre pieds de chaise en acajou de style viennois, désarticulés et simplement assemblés, suggérant une certaine légèreté. Ils sont disposés sur un socle en bois neuf très massif qui contraste avec la finesse des pieds de chaise. Cette sculpture sans titre pousse le spectateur à deviner ce qu'elle représente : un oiseau, un danseur. On a l'impression que la sculpture est en mouvement tant elle fait preuve de légèreté.


            En conclusion, cette exposition, est d'autant plus intéressante qu'elle rassemble non seulement des œuvres surprenantes et élaborées, certains commentaires étant parfois nécessaires pour comprendre le message de l'artiste et percer tous les aspects de l'œuvre mais participe également à la démocratisation de la culture et de l'art contemporain, l'exposition étant gratuite et située dans un grand magasin connu et accessible à tous.
Pour plus d'information : www.galeriedesgaleries.com

Roccasalva, The Skeleton Key

http://www.initiartmagazine.com/exhi/img/PaLafayette-Antidote6.jpg

Alise André, Charlotte Favé, Mathilde Hochet
L1 Audencia